Une facette méconnue de l'aménagement : la Recherche
Par CCB SUIO le mardi 3 février 2009, 15:54 - Domaine Aménagement - Lien permanent

Quand on parle d'aménagement du territoire, on s'imagine tout de suite sur le terrain, ou analysant le territoire, concevant des projets....
Mais l'aménagement a de multiples facettes et l'une d'elles est la recherche. Loin de l'image d'Epinal du chercheur fou, du rat de laboratoire, la recherche est un domaine dynamique, en constante évolution. Ses applications sont nombreuses et nous oublions parfois facilement que beaucoup de progrès technologiques ou d'avancée décisives dans le domaine médical par exemple ont été faits grâce à la recherche.
Mais qu'est ce que la recherche appliquée à l'aménagement ? Qu’est ce que la recherche peut amener dans l’aménagement des territoires de demain ? Qui choisit cette voie ? A quels métiers le master recherche prépare-t-il? et surtout, que vient faire cette photo ici ?
Le Master Géographie et Aménagement propose deux parcours : professionnel et recherche.
La spécialité « Innovation et développement des territoires » est un parcours recherche. C'est-à-dire qu’il intéresse plus particulièrement les étudiants qui souhaitent poursuivre leurs études en démarrant une thèse de doctorat. Ces étudiants visent en particulier la recherche ou l’enseignement supérieur mais il faut savoir que le parcours recherche offre également d’autres domaines d’insertion professionnelle.
Clarisse Didelon est la responsable du parcours recherche du master géographie et aménagement. Elle nous explique en quoi consiste ce parcours et pourquoi la recherche appliquée à l’aménagement est tout aussi importante que le travail su le terrain.
Nom : Clarisse Didelon
Profession : Maître de conférences
Responsable de la spécialité Innovation et développement des territoires
Signes particuliers : dynamique et passionnée, elle a les moyens de vous transmettre le virus de la recherche
Présentation du master
Le master, tel qu’il est aujourd’hui, a ouvert à la rentrée 2008. Nous travaillons autour de 3 volets : le transport, les TIC et les territoires et enfin l’urbanisme durable. Il est vrai que de nombreux masters en France proposent des spécialités en développement et en urbanisme. Mais la spécificité de notre master, c’est qu’il travaille autour des TIC et des transports. C’est un des points forts de l’université. En recherche, nous nous appuyons sur le laboratoire CIRTAI, spécialisé depuis sa création dans les transports et la logistique.
Nous avons voulu favoriser un tronc commun pour nous détacher de cet aspect strictement professionnel et recherche. Cela permet aux étudiants de changer d’avis à la fin de la première année
Sa définition de l’aménagement
Pour moi l’aménagement n’est pas quelque chose qui doit se détacher de la géographie, ça va plutôt du côté de la recherche appliquée.
Je conçois parfaitement qu’il y ait des professionnels de l’aménagement mais moi j’ai toujours pratiqué l’aménagement en tant qu’objet de recherche appliqué. C’’est à dire que l’on va être des chercheurs qui allons travailler sur un objet de recherche en aménagement à destination des politiques pour les aider dans leur prise de décision. Alors que mes collègues sont plus dans une optique opérationnelle : former des professionnels qui vont aménager l’espace. Moi mon approche c’était plutôt former des chercheurs qui allaient pouvoir apporter une aide à la décision aux politiques qui vont travailler après avec des professionnels de l’aménagement.
J’ai une approche plus au niveau national voire européen puisque j’ai participé à des projets de recherche européens, projets d’aménagement à l’échelle vraiment européenne voire nationale. Mes collègues travaillent plutôt à l’échelle de la ville, du département. Deux visions d’échelles. Ça recoupe un peu la division politique…
La recherche en aménagement
Alban Bourcier, directeur du master nous en parle :
« La recherche en aménagement est très variée.
Par exemple, il y a une bourse CIFRE qui démarre avec la Lyonnaise des Eaux sur le thème de recherche « l’eau dans la ville ». De nos jours, nous sommes de plus en plus confrontés à des problèmes de ruissellement, ce qui nous amène à nous questionner davantage sur les ressources en eau potable. Saviez-vous que la ville du Havre nettoie encore les caniveaux avec de l’eau potable ? Il y a donc toute une perspective de rationalisation de l’utilisation des ressources qu’il faut envisager. Voilà ce que peut être un thème de recherche en aménagement du territoire. »
« Il y a de nombreux autres thèmes : qu’est ce que signifie faire des éco quartiers pour demain ? Qu’est ce que le service à la personne y compris dans les territoires ruraux que l’on veut préserver plutôt que désertifier ? Toutes ces questions travaillent sur ce que j’appelle l’équité territoriale, c'est-à-dire l’égalité pour tous mais également en termes de services où que l’on se trouve sur le territoire national. »
« On peut aussi travailler sur tous les dispositifs d’énergies renouvelables, les nouveaux métiers d’entretien des territoires de qualité. Par exemple la gestion intégrée des zones côtières : sur la côte, on essaye de voir quel est son potentiel (industriel, ou comme en Côte d’Azur, pour le pavillon), on essaye de voir si pour les générations à venir il ne serait pas intéressant de garder des zones témoin qui seront révélatrices de ce que pouvait être la diversité des côtes avant. C’est ce qu’on appelle le développement durable appliqué aux zones côtières. »
« Voilà donc quelques sujets de recherche que l’on a en aménagement du territoire. »
et j'ajoute, voici le pourquoi de cette photo. La préservation de nos côtes, l'étude de l'érosion des falaises etc sont des thèmes de recherche qui intéressent beaucoup les universitaires havrais.
« En recherche il faut surtout identifier quelles sont les prospectives et les perspectives. Quels vont être les besoins de demain ? Comment va-t-on commencer à travailler pour que l’innovation, qui se prépare aujourd’hui, soit mise au point en laboratoire, et enfin généralisée au niveau de la société. »
Comment et par qui est valorisé le fruit de cette recherche ?
Alban Bourcier : « D’abord, le fruit des recherches d’un doctorant est valorisé par sa thèse.
Ensuite, pour les thèmes que j'ai cités, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il y a énormément de commandes qui sont passées par les collectivités territoriales.
Ça peut être sous forme de contrat : c’est cas de Philippe Vidal avec la coopération décentralisée.
Il peut s’agir d’un contrat sur la gestion intégrée des zones côtières : les collectivités, ici c’était la ville du Havre et l’agence d’urbanisme, ont répondu à un appel d’offre de la DIAC (Ancienne DATAR), qui cherchait des zones d’entraînement pour tester ce que pouvait être la gestion intégrée des zones côtières pour demain. Comme cet appel d’offre n’était ouvert qu’aux collectivités territoriales, la collectivité du Havre a répondu mais en s’associant à l’université du Havre. Cela a donné lieu à un cycle de conférences appelées les « Conférences de l’Estuaire ». Cela a donné lieu à des capacités d’animation et d’expertise dans le cadre du Grenelle de l’Estuaire. Les 12 étudiants de 5ème année d’Aménagement ont été invités à cette manifestation. Ils ont été à tel point perspicaces que le président de la CODAH a demandé à ce qu’ils participent aux « ateliers de demain ». Il y avait 300 personnes, 12 personnes repérées dans le lot, les 12 étudiants de l’université du Havre.
Au niveau de la recherche, il y a un discours que les gens ont besoin d’entendre et dont ces gens là se font ambassadeurs. Ce sont les séminaires, les contrats de recherche, les terrains d’expérimentation, les études exploratoires, les questions de société à venir. »
Le contenu du master
Clarisse Didelon : « Notre master aborde beaucoup de sujets : stratégie d’entreprises, collectivités territoriales, aménagement bien évidemment, urbanisme réglementaire pour la recherche, prospectives, anglais spécifique, outils du diagnostic territorial. Ces thèmes, qui ne sont pas dans les intitulés, sont abordés de manière spécifique. Nous abordons également les outils du géographe : les statistiques, les SIG, les cartes…»
Petite anecdote : Je suis chargée de l’enseignement des statistiques, j’interviens de la première année de licence jusqu’en master. En géographie, il y a une sorte de clivage entre les « quantitativistes », c'est-à-dire ceux qui veulent approcher des phénomènes géographiques par l’observation de la mesure, et l’analyse statistique, et ceux qui ont une approche plus « qualitative », par des entretiens. J’ai beau expliquer à mes étudiants qu’on ne fait pas stats pour le plaisir de calculer des moyennes, on fait des statistiques pour avoir un outil pour analyser et pour interpréter quelque chose. Je le dis depuis la première année dans les cours de cartographie mais je suis quand même « l’horrible statisticienne de cette université » !
Note : Futurs étudiants, inscrivez-vous quand même !!!
Dans notre équipe, nous avons chacun notre spécialité. Moi j’ai un profil de chercheuse. Philippe Vidal travaille sur les TIC, sur l’aspect politique des territoires… Nous faisons également appel à des intervenants extérieurs qui sont en poste dans des entreprises ou des collectivités, et qui viennent donner une vision de l’entreprise. On fait venir des enseignants-chercheurs qui ont vraiment une thématique particulière que l’on ne peut pas aborder ici à l’université du Havre, ce sont des ingénieurs d’étude ou des ingénieurs du CNRS. Ils montrent des choses qui peuvent intéresser les étudiants.
La réussite, l’insertion professionnelle et les parents
Il est normal, quand on est parents, de soucier de l’avenir de ses enfants. Quelles études font-ils faire ? Il aime le dessin mais ça ne paye pas ? Son père est ingénieur, le père de son père est ingénieur, alors il sera ingénieur… Elle n’est pas faite pour les longues études… Il n’est pas assez mûr, il va être perdu à l’université…..
Et pourtant, pour l’étudiant qui met toutes les chances de son côté, le succès est assuré. Voici quelques clés qui favorisent la réussite.
Clarisse Didelon : « Je comprends que les parents s’inquiètent. Ça a été le cas de ma mère. Elle m’a envoyé en prépa hypokhâgne où j’ai été très malheureuse pendant 2 ans parce que j’ai dû faire du latin, du grec, de la philosophie. Finalement, au bout des 2 ans, je suis tout de même allée à l’université où j’ai fait que de la géo. »
« Pour réussir, il faut dire aux étudiants qu’ils fassent ce qu’ils aiment. Faites les choses avec passion jusqu’au bout, sinon vous perdez votre vie, votre temps, c’est la vie à long terme qui compte. »
« Ensuite, il y a bien évidemment les recommandations d’usage, mais qui ne sont vraiment pas à négliger. Assiduité, travail personnel, prendre toutes les ressources que l’université met à disposition des étudiants. Souvent les étudiants les ignorent mais la bibliothèque universitaire est performante et riche…. On emploie des doctorants qui font des permanences là-bas et qui se désespèrent parce qu’ils n’ont pas de monde…. Trop de ressources sont sous-utilisée alors qu’il faut être curieux. »
« L’étudiant type de ma filière ? C’est quelqu’un qui le goût des cartes. C’est aussi quelqu’un qui vise des métiers qui ont un sens socialement, dans les collectivités…. »
« Les étudiants ne doivent pas croire non plus qu’à l’université ils sont lâchés dans la nature. C’est peut être vrai dans certaines universités mais ici les masters sont bichonnés comme des «poneys de concours».
Les étudiants ont le sentiment qu’on ne s’occupe pas d’eux, mais ils se trompent. Nous les suivons dès leur première année. Les enseignants sont en lien avec le secrétariat qui répercute le moindre problème, la moindre difficulté. Ils ne doivent pas hésiter à venir nous voir car on ne les mettra pas dehors, et quand on sent qu’il y en a un qui perd pied, on essaie de l’aider. Il est évident qu’en tant qu’enseignants, nous ne sommes pas formés pour gérer les gros problèmes (même familiaux) des étudiants. Mais nous faisons toujours en sorte de les diriger vers le bon interlocuteur (conseillères d’orientation, assistantes sociales….).
Les étudiants nous regardent comme si on était des « bêtes curieuses » quelquefois ! Je le sais car quand j’étais étudiante j’étais pareille ! Il m’arrive de croiser mes étudiants dans le train, c’est à peine s’ils se cachent sous la banquette… ! Peut-être que je les impressionne après tout ! mais c’est dommage. »
« Nous suivons scrupuleusement les étudiants qui sont dans notre majeure. On a passé des heures Philippe Vidal et moi, avec des L3 pour savoir ce qu’ils veulent faire, quitte à les envoyer ailleurs…si ça ne colle pas avec ce que l’on propose ici… »
Quels métiers ?
« Les personnes que je connais, qui ont mon âge, qui ont fait géo ou aménagement avec en plus de la cartographie ou autre, ont TOUS trouvé un travail. »
« Moi-même je suis enseignant-chercheur à l’université. Mais l’enseignement n’est pas le seul débouché.
Beaucoup n’ont pas souhaité faire de la recherche et ils se sont lancés dans le géomarketing. Ils travailler pour les entreprises pour les aider à mettre en place leurs stratégies de communication, d’implantation.
D’autres travaillent dans la cartographie et surtout dans l’édition cartographique, secteur assez porteur en ce moment… Il y a toujours besoin de gens qui savent faire des cartes que ce soit pour faire des guides touristiques ou pour faire des atlas. J’ai été contactée par la mairie pour qu’on lui fasse des cartes. Je leur ai proposé prendre un étudiant en stage, car nos étudiants ont cette compétence, on leur apprend à faire de la cartographie…..
Il y a également ceux qui travaillent dans le conseil en aménagement et possèdent leur propre entreprise.
Certains sont entrés dans l’aménagement de projets européens, secteur très porteur, pour les collectivités qui veulent répondre à des projets européens. Là il faut maitriser à la fois le jargon européen, un peu de droit, de comptabilité et aussi de l’aménagement pour construire des dossiers bien ficelles. D’autres ont trouvé du travail dans les ONG. »
Voilà de quoi rassurer futures étudiants et…parents !
Merci Mademoiselle Didelon pour votre collaboration très précieuse !
M. et C.
